Chers lecteurs,
Je vous laisse découvrir aujourd’hui le premier article de ma fille aînée.
 
En prenant entre les mains le livre On ne naît pas grosse, de Gabrielle Deydier (1), je regarde ma meilleure amie d’un air sceptique. Tout de suite, je pense à une œuvre dédiée à la prise en main de notre poids, en tant que femme, avec astuces contraignantes et malsaines, ainsi que témoignages forcés et bidons de femmes ayant perdu leurs kilos superflus grâce à ce livre «révolutionnaire». Des réflexions qui me sont venues maintes fois déjà, et que j’ai pu lire plusieurs centaines de fois sur les couvertures de magazines et d’ouvrages de développement personnel, ce depuis mon enfance.

Tout d’abord surprise, j’interroge mon amie qui, pourtant, comme moi, a décidé depuis un certain temps de bannir ce genre de supercheries pernicieuses de sa vie. Ni l’une, ni l’autre n’est grosse. Et pourtant, au fil de notre vie, nous avons toutes les deux dû subir remarques mal placées, mal informées, malpolies, injustes et parfois carrément méchantes quant à notre corps. Remarques qui, souvent, impactent l’esprit plus qu’autre chose et dont malheureusement la grande majorité des femmes ont déjà été victimes, venant des hommes comme d’autres femmes.

Mon amie me rassure : non, ce n’est pas du tout ce genre de livre, mais plutôt un témoignage qui a demandé deux ans de travail de part sa recherche soutenue. L’ouvrage va de l’aspect sociologique de la stigmatisation des personnes obèses aux questions liées aux différentes méthodes de chirurgie bariatrique, tout cela avec une dose absolument rafraîchissante d’honnêteté.
Voilà ce que l’on peut lire en quatrième de couverture :
«Ce qui gêne tant de gens, c’est mon poids : 150 kg pour 1,53 m. Après avoir été méprisée pendant des années, j’ai décidé d’écrire pour ne plus m’excuser d’exister. De là est née cette enquête journalistique dans laquelle j’affronte mes tabous et mon passé, et où je décortique le traitement que la société de professionnels adeptes de la chirurgie de l’obésité, magazines féminins, employeurs réserve aujourd’hui aux grosses.»

A travers l’ouvrage, l’auteure a su mettre des mots sur les ressentiments, les angoisses et le désespoir dont bon nombre de femmes sont victimes simplement à cause de la manière dont leur corps est. Et c’est vrai, notre corps est ainsi. On peut certes s’efforcer de le transformer, pourquoi pas si cela découle d’un désir suivi d’une manière saine. Mais cela nous donne-t-il soudain le droit de critiquer, de condamner le corps des autres ? La réponse semble peut-être évidente, mais la façon dont la société nous a conditionnés à considérer le
corps des femmes, nos corps, rend cette réponse incertaine et sujet à débat. De plus, ce culte du corps parfait paraît absolument ridicule lorsque l’on voit qu’il change au fil des ans, des femmes rondes de la Renaissance, à l’extrême maigreur en vogue durant la première décennie de l’an 2000, en passant par les tops models à la Cindy Crawford des années 80. Il semblerait maintenant qu’il faille avoir des cuisses pas trop grosses, pas trop minces, un ventre plat, des fesses bien rondes et fermes, des bras toniques, etc.

«Ne plus m’excuser d’exister.» Ces mots resteront avec moi encore longtemps. Ils décrivent un sentiment que j’ai éprouvé sans m’en rendre compte. Lorsque l’on grandit avec ce que tous considèrent des kilos en trop, il est facile de se perdre dans son image. Je l’appelle le dilemme du miroir (2). D’un côté, on ne voit que ces kilos de gras, en faisant abstraction de tout autre aspect de notre corps. De l’autre, on se voit comme on aimerait être ou plutôt comme on se perçoit au niveau intellectuel. Pour ma part, j’utilisais le terme de «regrettable dissociation avec le réel». Je vivais sur deux plans, comme le monde me voyait et comme je me voyais en faisant abstraction de mon physique.
Gabrielle Deydier cite un texte de Brigitte Quintilla (3), psychologue, qui «évoque une rupture avec le miroir {…} Ce phénomène peut accélérer une désocialisation et des failles identitaires pouvant entraîner des états dissociatifs entre réalité et fantasme.» (4)
Exact. Plus je lis, plus les mots peignent mon portrait de jeune fille. Pourtant, je n’ai pas été obèse un seul jour de ma vie. Alors pourquoi ces mots m’ont-ils autant touchée ? Est-ce simplement notre qualité de femme qui permet à la société de nous stigmatiser ?

J’ai la chance de vivre à une époque où le féminisme fleurit, où l’acceptation de soi est encore tendance, mais aspire à devenir la norme, où de nombreuses femmes avant nous se sont battues afin de nous frayer la voie. Il est certain que les femmes rencontrent encore des discriminations flagrantes et que les femmes obèses répondent en plus à un double-caractère discriminatoire. Sans compter les courant féministes extrémistes, revendiquant une supériorité pure et dure, qui selon moi nous freinent dans notre quête d’égalité.
Cependant, je pense sincèrement que la courbe positive de notre long parcours croît de manière exponentielle. Ne rêvons pas simplement du jour où la stigmatisation concernant les femmes et notre corps sera révolu, mais travaillons tous les jours et dans la moindre de nos actions vers ce but. Je dis tout cela en étant parfaitement consciente que je ne détiens pas la science infuse sur le sujet, ni toutes les réponses. Je m’évertue avant tout à appliquer les principes de solidarité féminine et d’ouverture d’esprit, ainsi que m’informer le plus possible. La contemplation de notre savoir est le meilleur moyen d’atteindre la sagesse.

Pour conclure, cet ouvrage m’a énormément appris, m’a touchée et m’a inspirée, sans quoi ce texte n’existerait pas. Que peut-on demander de plus à un livre ?
Je m’en vais acheter plusieurs copies afin de partager l’histoire de Gabrielle Deydier et de diffuser l’important message qu’elle a si bien su illustrer.
 
(1) Gabrielle Deydier, On ne naît pas grosse, éditions Goutte d’or, 2017, 149 pp.
(2) L’auteur parle du monstre du miroir au chapitre 5.
(3) Brigitte Quintilla, Le corps obèse/ corps signifiant, au cours de l’amaigrissement, Diabète & Obésité, vol. 10, numéro 89, mai-juin 2015.
(4) Gabrielle Deydier, On ne naît pas grosse, éditions Goutte d’Or, 2017, p.73-74
 
 
Painting Woman Art Voelklinger Huette Saarbruecken
 
Dear Readers,
I let you discover the first post of my eldest daughter.
 
Taking the book On ne naît pas grosse (1), by Gabrielle Deydier, in my hands, I sceptically look at my friend. I think at once about those works meant to inspire women to take control of their weight using binding and often unhealthy tricks, as well as forced and phony testimonies from women claiming to have lost all their superfluous weight thanks to this “revolutionary” book. Those are just reflexions that have repeatedly gone through my mind and that seem to be incessantly featured on magazines and self-help books covers, all of this since childhood.

I question my friend, at first surprised, since we had decided to banish such harmful rubbish from our lives. Neither she nor I are fat. And yet, during the course of our life, we have both experienced misplaced, misinformed, rude, unfair and sometimes openly mean comments concerning the way our bodies look. Comments that often negatively impact our consciousness more than anything else. The saddest part is that a large majority of women have been a victim of this practice, conducted by men and other women alike.

My friend immediately puts my mind to rest. No, it is not at all what I think, but rather a testimony that was two years in the making, which resulted in a solid and supported research covering everything from the social stigma concerning obese people to questions relating to the different methods of weight loss surgeries. All of this written, I might add, with an absolutely refreshing dose of honesty.
This is what the back cover says:
“What bothers people so much is my weight: 150 kg for 1.53 m. After being despised for years, I have decided to write as a way to cease to have to apologise for my existence. From there was born this investigative report, in which I face taboos and my past, where I analyse the treatment reserved today to fat women by a society of professionals supporting bariatric surgery, women’s magazines and employers.”

Throughout the book, the writer was able to put words on resentments, anxiety and despair that a lot of women have suffered simply because of the way their body is. And that is the point, our body is the way it is. Admittedly, you can strive to transform it, why not if it comes from a healthy desire? But does that give us the right to then criticise and condemn the body of others? The answer might seem obvious, but through the way society has conditioned us to look at women’s bodies, our bodies, the answer is unclear and subject to debate. Moreover, this cult of the perfect body seems utterly ridiculous when you consider its constant evolution throughout time. From the larger women of the Renaissance to the extreme thinness popular at the end of the 20th and beginning of the 21st centuries, via the top model era of the 80s impersonated by the likes of Cindy Crawford. For the time being, it seems we have settled on thighs that are not too big nor too thin, a flat stomach, a rounded and firm butt, toned arms, etc.

“To cease having to apologise for my existence.” Those words will stay with me for a long time. They describe something that I have often felt without even knowing it. When you grow up with many people saying you should lose some weight, it becomes easy to lose yourself in your image. I call it the mirror dilemma (2). On one side, you only see those pounds of fat, not even noticing the other aspects of yourselves. On the other hand, you see yourself the way you would want to be or, rather, the way you perceive yourself, in spirit you could say. I used the term “an unfortunate dissociation with reality”. I lived on two levels: how the world saw me and how I saw myself, ignoring my body.
Gabrielle Deydier quotes a text written by Brigitte Quintilla (3), a psychologist, where she mentions “a rupture with the mirror {…} A phenomena that can accelerate a de-socialisation and provoke identity issues thus risking a thoroughly dissociative state between reality and fantasy.” (4)

I am lucky to live in a time where feminism is flourishing, where self-acceptance is a trend, but aims to become the norm, where many women before us have fought in order to pave the way. Undeniably, women still encounter flagrant discrimination and obese women answer to a twofold discriminatory aspect. Not to mention extreme feminists claiming superiority over men, which in my view only harms us in our search for equality. However, I sincerely think that the positive curve of our long and arduous path is growing exponentially. Let’s not just dream of the day when stigma regarding women and our bodies will be a thing of the past, rather let us work every day through our every action towards this aim. I write all this fully knowing that I do not possess the inherent knowledge nor all the answers. However, I make every effort to apply the principles of female solidarity and open mindedness, as well as trying to educate myself as much as possible. Contemplation of knowledge is the key to wisdom.

In conclusion, this book has taught me a great deal, has touched me and has inspired me, or else this text would not exist. What more can you ask of a book?
I am on my way to buy more copies to share Gabrielle Deydier’s story and to broadcast the important message she so admirably illustrated.
 
(1) Translation : You’re Not Born Fat.
(2) Gabrielle Deydier mentions something very similar in chapter 5, which translated means The monster in the mirror.
(3) Brigitte Quintilla, Le corps obèse/ corps signifiant, au cours de l’amaigrissement, Diabètes & Obésité, vol. 10, number 89, March-June 2015.
(4) Gabrielle Deydier, On ne naît pas grosse, éditions Goutte d’Or, 2017, p.73-74 (translated)
 
 
 
 

4 thoughts on “Un Ouvrage Réaliste, Touchant Et… Féministe |
A realistic, touching and… feminist book

  1. It is most important to be an educated woman, to treat everyone equally, to look in the mirror and see your real self – not through a feminist looking glass. I hope your blog post sparks more debate.

  2. What a super start to this blog collaboration with your mum. I heard on our news yesterday that one in four 14 year old girls in the UK have self-harmed. I was astounded by this statistic and I’m saddened that self-esteem is still low for many girls. Whether this is down to issues about weight, looks, school worries or home problems – this is something that society needs to address.

    Looking forward to reading more of your posts.

  3. Bravo pour ce premier article … très prometteur !!! Quelle fluidité, et une réelle implication … c’est vraiment super. Je vous souhaite à toutes deux une merveilleuse collaboration d’échanges de points de vue générationnels

  4. It is very nice to see a mother and daughter collaborating 🙂

    What a well written and thoughtful article, congratulations. It is indeed sad to see that so many women, young and less young alike, still suffer from low self-esteem due to the dictatorship of being skeletal to be attractive… Would be a nice start if women’s magazines would stop publishing articles on “love your body” next to adverts displaying horrifically thin models! In the meantime, posts such as this one will hopefully encourage debate. Will buy this book for sure.

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